Une absence de réflexion partagée sur le système urbain méditerranéen
Au-delà des analyses qui peuvent être faites sur l’efficacité des différents systèmes de planification de l’espace, force est de constater que la réflexion en terme de système de villes à l’échelle de la région méditerranéenne est encore balbutiante. Il n’y a que très peu d’analyses des formes urbaines, si ce n’est pour souligner leur hétérogénéité. Les déséquilibres sont souvent dus à des contraintes géographiques et climatiques.
Certes, des phénomènes régionaux et nationaux de multipolarisation urbaine existent de facto, comme les interdépendances Beyrouth et Damas, le Caire et Alexandrie, Rabat et Casablanca, mais il n’y a pas à proprement parler de « système des villes », dans lequel se développeraient des interdépendances de type socio-économique ou géographique. Partout, le développement contribue à composer, décomposer et recomposer l’espace et les territoires, en privilégiant constamment les zones urbaines, même quand celles-ci sont qualifiées de périphériques. La région méditerranéenne ne fait pas exception à la règle, malgré sa faiblesse en terme de connectivité à l’économie globale, qui en fait pour certains analystes, comparativement aux réseaux urbains européens ou asiatiques, un « structural hole ». Et ce malgré les initiatives pour promouvoir une meilleure articulation des villes de la zone, comme l’Organisation des Villes Arabes (Arab Towns Organisation), sous l’égide de la Ligue des Etats Arabes, ou encore le Forum Méditerranéen qui mènent des discussions sur les thématiques urbaines, y compris les connexions régionales des centres urbains.
Or ce système urbain intégré dans l’espace méditerranéen ne pourra voir le jour sans volonté politique forte d’agir sur les fondamentaux structurels (transports, communication, développement des flux de personnes, de capitaux, d’expertise, de services et de marchandises entre les villes).
Néanmoins, un tel système ne sera viable que s’il s’insère dans un réseau de villes moyennes renforcé, réseau qui devra lui aussi bénéficier d’une amélioration significative de ses fondamentaux structurels. Le mouvement semble d’ores et déjà amorcé, puisque « l’explosion urbaine » qui caractérise plusieurs pays arabes se traduit non seulement par une croissance spectaculaire des métropoles et des grands centres régionaux, mais aussi par l’évolution rapide de certaines petites et moyennes villes sur ces vingt dernières années. Ce constat de rééquilibrage est cependant, dans une perspective de développement urbain polycentrique, à nuancer dans la mesure où les petites et moyennes villes qui bénéficient d’un regain d’activités se situent sur le littoral et, dans leur grande majorité, à proximité des grands pôles urbains. Les villes moyennes bénéficient également des difficultés des métropoles à absorber un flux de main-d’œuvre en augmentation constante, contrairement aux possibilités qu’elles offraient aux migrants dans les années 1960. Les petites et moyennes villes bénéficient donc de leur positionnement géographique et de la saturation des grands centres urbains plutôt que d’un potentiel d’attractivité intrinsèque.
Malgré ce rééquilibrage et l’émergence de pôles urbains attractifs, le poids des plus grandes villes semble donc amené à se confirmer dans les décennies à venir. Tout laisse supposer aujourd’hui que la suppression des barrières douanières et les délocalisations affecteront inégalement le territoire régional. Sans dispositif de cohésion territoriale, seules les villes offrant déjà le plus d’opportunités, les villes les plus aux normes, seront en mesure de profiter de l’ouverture économique. Il est donc fort probable que le phénomène de concentration ne fera, à partir de là, que s’accentuer.






