Les initiatives européennes de soutien aux clusters : quelles politiques pour quels résultats ?

Les clusters se sont souvent d’abord développés en dehors de toute intervention publique : c’est leur succès en termes de performances économiques qui incite fortement aujourd’hui les pouvoirs publics à utiliser cet outil dans leurs politiques d’innovation, l’accompagnement actif du politique devenant crucial dans la création et le développement des clusters.

Tous les niveaux de la gouvernance interviennent dans les politiques de soutien aux clusters : si elles se font d’abord au niveau national, voire régional, ne serait-ce qu’en raison de la forte dimension territoriale qu’ils contiennent, l’Union européenne est également largement impliquée dans la politique de promotion des clusters, bien que ses incitations soient de nature différente de celles des États membres. L’Europe a ainsi contribué ces dernières années à la réflexion sur les clusters et à leur développement, et plusieurs directions générales de la Commission européenne ont défini des politiques de soutien aux clusters. Les mesures et actions mises en place au niveau européen s’appuient sur trois piliers.

Tout d’abord, la Commission participe de la création d’une approche européenne des clusters en prévoyant un certain nombre de programmes de financements qui contribuent au montage de projets au sein des clusters ou entre les clusters. À cet égard, la DG Regio est celle qui apporte le soutien financier le plus important avec les fonds structurels, notamment le FEDER – Fonds européen de développement régional – qui co-finance le projet IC-Med. La DG Entreprises et Industrie, avec son programme Compétitivité et Innovation (CIP), aide au développement de coopérations entre clusters au niveau européen, tandis que la DG Recherche facilite les projets de recherche communs à plusieurs clusters à travers le 7e Programme Cadre de Recherche et de Développement Technologique de l’UE ; celui-ci comprend une thématique « Régions de la Connaissance » qui vise à promouvoir les collaborations entre les acteurs de la recherche (universités, centres de recherche, sociétés multinationales, autorités régionales, petites et moyennes entreprises).

Des gestes symboliques forts réaffirment également sur la scène européenne le soutien d’experts, d’économistes et de politiques aux clusters et la nécessité de leur développement. Le plus important est probablement le « European Cluster Memorandum », rédigé en 2007 par le Groupe Consultatif de Haut Niveau sur les Clusters, créé sur une initiative de la Commission européenne et présidé par le sénateur Pierre Lafitte, Président de la Fondation Sophia Antipolis. Ce Memorandum explique pourquoi une collaboration transnationale et l’innovation ouverte entre les clusters et les programmes de clusters est nécessaire au niveau européen, en démontrant notamment que le partage de connaissances, de compétences et d’infrastructures permis par une telle coopération promeut la compétitivité des acteurs économiques et des régions.

Les réseaux européens et outils d’information sur les clusters sont le dernier pilier d’une politique européenne qui a parié sur les clusters et la coopération inter-clusters pour accroître l’innovation et la compétitivité. Le principal outil d’information est fourni par l’Observatoire européen des clusters, lancé par la DG Entreprises et Industrie de la Commission européenne en 2007, et qui fournit un « Cluster Mapping » sur les pays de l’UE-27, l’Islande, la Norvège, la Suisse, la Turquie et Israël. L’initiative vient du réseau européen Europe INNOVA, qui a pour objectif de  devenir la plateforme paneuropéenne de référence pour les professionnels de l’innovation. De son côté, la European Cluster Alliance vise à améliorer les politiques de clusters en Europe. De nombreux projets et initiatives ont vocation à promouvoir les coopérations inter-clusters au niveau européen. Le plus souvent, il s’agit d’échanges d’expériences et de bonnes pratiques. Parmi ces initiatives, on peut citer le projet Clunet, qui a rassemblé sur 3 ans 13 régions européennes et le Grand Montréal ; CLOE – Clusters Linked Over Europe – a permis l’élaboration d’un guide de gestion des clusters et se poursuit actuellement sous la forme d’une alliance informelle entre 25 clusters. Un projet Alcotra en cours dans le cadre de l’Eurorégion qui regroupe 5 régions transfrontalières entre l’Italie et la France – PACA, Rhône Alpes, Ligurie, Piémont et Valle d’Aoste – vise à développer les échanges et les collaborations entre clusters intra-filières et inter-filières.

Pour aller plus loin :

- Cette réflexion est extraite du rapport de diagnostic sur les coopérations potentielles inter-clusters en Méditerranée, réalisé dans le cadre du projet IC-Med par l’Institut de la Méditerranée. Ce rapport a été rédigé par Mathilde Dioudonnat. Rapport disponible en version électronique sur simple demande à m.dioudonnat(at)ins-med.org

Projet IC-Med