Des formations à l’urbanisme inadaptées
Partant du constat de l’inefficacité ou des difficultés de mise en œuvre des politiques publiques dans le domaine de l’urbanisme, on s’est naturellement interrogé sur l’adéquation entre les formations à l’urbanisme et les réalités des pays concernés.
L’urbanisme, qui provient de trois disciplines mères, l’architecture, l’ingénierie civile et la topographie, a commencé à être enseigné à des périodes différentes selon les pays considérés. A l’heure actuelle, les formations existantes présentent de grandes divergences d’un pays à l’autre, tant dans leur cadre général, que par le corps enseignant et le contenu des enseignements dispensés.
L’Egypte est, pour des raisons historiques, le pays où l’urbanisme s’est le plus tôt autonomisé de ses disciplines mère. Dès 1964 a été créé le premier département d’urbanisme en Egypte, au sein de la nouvelle faculté polytechnique de l’Université d’al-Azhar. Les Universités du Caire et d’Aïn Chams comprennent également aujourd’hui des formations spécifiques en urbanisme et aménagement régional. Aïn Chams se caractérise en outre par la création, dès 1982, d’un Institute of Environmental Research and Studies, consacré aux questions environnementales, et qui compte, en 2003, 129 étudiants. Il existe également des enseignements et des options d’urbanisme au sein des filières architecture, comme à l’Université d’Alexandrie.
Mais c’est loin d’être le cas dans les autres pays.
Le Maroc dispose d’une seule école d’urbanisme, l’INAU, dédiée à la formation professionnelle des cadres. Un projet de masterisation (pour lequel l’INAU a sollicité l’assistance de la DIACT) est en cours. L’Ecole nationale d’architecture, dispense des cours d’urbanisme, mais ne délivre pas de diplôme autonome.
En Algérie, il n’existe pas d’enseignement spécifique de l’urbanisme. Celui-ci trouve sa place parmi les disciplines d’architecture et d’ingénierie, ainsi qu’en sciences humaines, en géographie et en sociologie. L’Ecole polytechnique d’architecture et d’urbanisme (EPAU) d’Alger, malgré son nom, ne délivre pas de diplôme autonome en urbanisme, mais propose une post-graduation « Architecture et environnement », de même que la faculté d’architecture de l’Université de Constantine.
Au Liban, où les universités, à l’exception de l’université libanaise (UL), sont privées, l’influence française et les liens directs avec les établissements français d’enseignement de l’urbanisme ont imprimé leur marque sur le cadre d’enseignement de la matière. L’urbanisme est ainsi considéré comme complémentaire à d’autres études et intervient en sus d’un premier diplôme supérieur. Quatre institutions au Liban délivrent des diplômes supérieurs d’urbanisme (DESS ou Master), dont deux sont d’inspiration française et où l’enseignement est dispensé en français : l’Institut d’urbanisme de l’ALBA collabore avec l’Institut français d’urbanisme, tandis que l’Institut des beaux-arts de l’université libanaise entretient des liens avec des institutions universitaires lyonnaises. L’Université américaine de Beyrouth, et la Beirut Arab University sont quant à elles d’inspiration anglo-saxonne et proposent respectivement un Master of Urban Planning and Design et un Master of Science in Urban and Regional Planning, dont les enseignements ont lieu en anglais.
En Jordanie, la Jordan University of Science and Technology (JUST), située à Irbid, propose la seule formation spécifique en urbanisme du pays, un master en Urban Planning and Studies, dont le nombre d’étudiants reste très faible. A l’Université des sciences appliquées de Balqa, le département d’administration comporte une filière de planification régionale, créée en 1998, et qui propose depuis 2000 un master.
Il n’existe pas, enfin, en Syrie de filière spécifique de formation en urbanisme, ni de diplôme d’urbanisme. L’enseignement en urbanisme existe sous forme d’option dans la formation d’architecte à partir de la 4e année.
Dans tous les cas, si la création de filières spécialisées démontre la reconnaissance de l’urbanisme et de sa spécificité, elle ne signifie cependant pas l’autonomisation, et encore moins l’affranchissement, de la matière par rapport aux autres disciplines dont elle est issue.






