Vulnérabilité, inégalités environnementales et adaptation au changement climatique

En novembre 2001, des inondations et une coulée de boue à Bab-El-Oued, dans l’agglomération algéroise, tuent plus de 700 personnes. Déboisement, spéculation foncière, mauvais entretien des canalisations, plusieurs raisons sont évoquées par la presse locale pour expliquer cette catastrophe naturelle et surtout l’ampleur du bilan humain et des dégâts matériels.

Cet exemple montre comment les territoires sont affectés par le changement climatique et les risques environnementaux globaux.

La montée annoncée du niveau de la mer, les évènements climatiques violents entraînant des risques d’inondations urbaines à répétition, la multiplication des périodes de sécheresse et canicule plus longues et leurs conséquences sur la ressource en eau ou encore la montée de la température ambiante, exposent les territoires à de nouveaux risques qui peuvent les fragiliser durablement et avoir des répercussions en termes économiques et sur la qualité de vie de leurs habitants. Cette prise de conscience des efforts d’adaptation à réaliser et de la nécessité de préserver un capital naturel parfois en danger (raréfaction des ressources en eau / désertification) mettent les territoires en première ligne sur ces thématiques. Dans son Etat de l’Environnement et du développement en Méditerranée  publié en 2009, le Plan Bleu résume ainsi les interdépendances entre les phénomènes urbains et le changement climatique :

« La vulnérabilité historique des villes méditerranéennes (accidents météorologiques, séismes, érosions côtières, etc.) se trouve renforcée par les effets du changement climatique : menaces face à la hausse du niveau de la mer (au sud et à l’est, 50 % de la population urbaine vit dans des espaces à moins de 10 mètres du niveau actuel de la mer) ; risques sanitaires (pollution, surmortalité) ; migrations climatiques. Plus impactées que les autres régions du monde, les villes méditerranéennes se placent en première ligne pour l’élaboration de stratégies d’adaptation au changement climatique. »

Les enjeux climatiques et environnementaux, qui ont fait leur apparition il y a une vingtaine d’années dans les agendas politiques des organisations internationales, ne connaissent pas de frontières. Les territoires ont donc toute leur place et leur légitimité pour agir sur ces questions, dans un domaine où seule une mise en œuvre concertée et articulée des politiques publiques peut porter ses fruits.

Les territoires sont aujourd’hui contraints à prendre acte de leur vulnérabilité et des risques climatiques et environnementaux encourus. De nombreuses études montrent que cette vulnérabilité est également liée à des facteurs sociaux. Il est bien souvent possible de démontrer les corrélations existantes entre la présence d’inégalités sociales fortes et une vulnérabilité accrue aux risques environnementaux et climatiques, notamment dans les tissus urbains ou les territoires déjà fragiles. En effet, de plus en plus de travaux attestent du fait que les inégalités environnementales et sociales sont cumulatives.
Pour réduire ces inégalités et leur vulnérabilité, les villes et les territoires sont donc directement confrontés à l’obligation d’élaborer des politiques de gestion des risques. Celle-ci passe par la mise en place de mesures de prévention des risques (plan de prévention des risques, formation de la sécurité civile, information et sensibilisation des habitants). Elle passe également par des politiques plus globales ayant un rôle en amont dans la réduction des risques, telles que la planification urbaine, l’amélioration de réseaux urbains (entre autres, les réseaux d’assainissement) et les politiques de protection de l’environnement et de prévention des risques naturels et climatiques à long terme (reboisement, entretien des cours d’eau, etc). Ces politiques ne sont efficaces que si elles prennent en compte et s’adaptent à la réalité climatique, géographique et urbaine de chaque territoire. Une coordination entre les autorités nationales, les différents échelons administratifs et les autorités locales et régionales semble donc nécessaire pour anticiper les risques et limiter d’éventuelles dégradations.
La gestion des risques implique une maîtrise des processus d’urbanisation et de l’étalement urbain et donc du développement de l’habitat informel. Il existe de fait un lien fonctionnel et réciproque entre ces « déséquilibres urbains » et les risques environnementaux.


Extrait du rapport « Forum des AutoritésLocales et régionles 2010″, Institut de la Méditerranée, 2010.

Pour aller plus loin:

Consultez le site du Plan Bleu