Une zone sous influences multiples

La région méditerranéenne est aujourd’hui une zone vitale pour la sécurité et la croissance économique des grandes puissances mondiales. Ainsi, elle occupe une place centrale dans les stratégies politiques et militaires de ses pays riverains et de l’Union Européenne mais également des Etats-Unis et de l’OTAN mais aussi de la Russie et, de façon discrète mais néanmoins grandissante, de la Chine et de l’Inde.

Les Etats-Unis interviennent au Proche-Orient et plus largement en Méditerranée dans le cadre d’une stratégie très structurée et très ancienne. La politique d’influence des Etats-Unis dans la région remonte à l’indépendance de la puissance américaine. En 1791, Washington ouvre son premier consulat à Tanger. En 1794, le premier navire de guerre américain entre en Méditerranée dans le cadre d’un accord signé entre les Etats-Unis et le bey de Tunis. Les Etats-Unis mettent fin à cette politique d’influence et d’intervention directe avec l’adoption de la « doctrine Monroe » en 1823. Le grand retour des Etats-Unis au Moyen-Orient s’effectue à l’occasion de l’alliance signée avec l’Arabie Saoudite dans le cadre des accords de Quincy signés en 1945. La seconde grande alliance américaine est celle qui lie les Etats-Unis et l’Etat d’Israël. Le soutien indéfectible des Etats-Unis à Israël ne s’est jamais démenti au cours des dernières décennies. Dans le contexte de la guerre froide, l’espace méditerranéen occupe une place centrale dans la lutte d’influence entre les Etats-Unis et l’URSS. Dans un premier temps, les Etats-Unis tentent une politique d’influence directe auprès des jeunes nations de la région dont ils ont soutenu l’émancipation du joug colonial comme l’Algérie et l’Egypte. Dans un second temps, la stratégie américaine se resserre sur les objectifs de protection de l’Etat d’Israël et de sécurisation des approvisionnements en hydrocarbures. C’est dans cette perspective que s’inscrit le maintien en Méditerranée depuis plus de cinquante ans de la 6ème flotte de l’US Navy. L’OTAN constitue un autre outil de la présence de la puissance américaine en Méditerranée. Depuis 1992, l’OTAN maintient une force permanente en Méditerranée. Après la chute du Mur de Berlin, l’OTAN a été amené à reformuler ses objectifs stratégiques. Dans ce cadre, le Dialogue méditerranéen défini en 2004 occupe une place prépondérante.

Pour la Russie, l’accès à la Méditerranée constitue un objectif stratégique traditionnel dans le cadre de sa « course aux mers chaudes » (Mer Noire, Méditerranée, Océan Indien). Le démantèlement du bloc socialiste avait marqué un net reflux de la Russie dans la zone. Il semblerait que l’on assiste aujourd’hui à un « retour » de la Russie en Méditerranée. Une partie du « jeu russe » en Méditerranée s’inscrit dans le contexte de sa stratégie globale de reconstruction de la puissance russe à travers l’utilisation de l’arme énergétique. La politique de Moscou vise ainsi à créer les conditions lui permettant d’augmenter son pouvoir. Sa stratégie de « verrouillage » du marché européen est révélée par une série d’initiatives prises par le géant gazier russe Gazprom, au cours des dernières années. Certains observateurs ont ainsi évoqué une « reconquista russe » à l’occasion de la visite de Vladimir Poutine en Algérie en 2006.

Pour l’instant, la Chine et l’Inde, du fait de leur relative faiblesse stratégique, sont obligés de déléguer aux Etats-Unis la sécurisation de la région. Un des enjeux des décennies à venir sur le plan de la géopolitique méditerranéenne consiste à savoir si ces deux grandes puissances mondiales vont se maintenir dans cette situation de dépendance stratégique vis-à-vis des Etats-Unis où si elles vont, au contraire, décider de prendre leur indépendance et d’entrer à leur tour dans le « grand jeu méditerranéen ». La participation de la Chine à la force d’interposition mise en place par les Nations Unies au Liban (FINUL) peut représenter un phénomène avant-coureur de cette montée en puissance de la Chine en Méditerranée sur le plan militaire et stratégique.

Pour aller plus loin :

Arnaud Blin, “Le désarroi de la puissance. Les Etats-Unis vers la “guerre permanente”?”, Lignes de repères, octobre 2004.

“Dialogue méditerranéen de l’OTAN”, Collège de Défense de l’OTAN.

“Horizon de sécurité en Méditerranée et au Moyen-Orient : communauté d’intérêts et défis communs”, Collège de Défense de l’OTAN sur le dialogue méditerranéen, Rome, March 2005.

“Le Concept stratégique de l’Alliance approuvé par les Chefs d’Etat et de gouvernement participant à la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord”, OTAN, Washington 23 et 24 avril 1999.

Une Europe sûre dans un monde meilleur. Stratégie Européenne de Sécurité Bruxelles, 12 8 décembre 2003, le Conseil de l’Union Européenne

“Strategy to Address Threats to Security”, OSCE, p 1 – 11, décembre 2003

Hanaa Ebeid, “The partnership in Southern Eyes : Reflections on the Discourse in the Egyptian Press”, EuroMeSCo 37, p 5 – 16, October 2004.

Bernard Ravenel, “Vers une sécurité commune en Méditerranée”, Les études de Damoclès, octobre 2000.

“Autres initiatives de coopération en Méditerranée”, Dialogue méditerranéen de l’OTAN et Initiative de coopération d’Istanbul, p 325 – 330, Med 2006 Annexes.

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