Une forte tradition centralisatrice

Les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée sont caractérisés par une forte tradition centralisatrice. Des indépendances jusqu’aux années 1980, les Etats se sont imposés à la fois comme garants de l’unité de la nation, comme moteurs du développement économique et comme responsables du fonctionnement des services publics de base (éducation, santé, eau, sécurité…). Pour de nombreux acteurs de la vie politique nationale, l’autonomie du « local » représente avant tout un risque de désagrégation de l’unité nationale au profit de particularismes locaux et régionaux.

Si les villes, provinces et régions semblent jouir de prérogatives plus importantes que par le passé, elles restent cependant sous le contrôle étroit des Etats et de leurs administrations centrales. Les Ministères de l’Intérieur jouent, dans les différents pays de la région, un rôle clé dans la mise sous tutelle des autorités territoriales. Celles-ci se trouvent le plus souvent assujetties à un contrôle a priori de leurs décisions même parfois pour des opérations de gestion parmi les plus routinières comme le remplacement de fonctionnaires partis à la retraite… Il est également fréquent que les services publics locaux soient mis en œuvre par les administrations centrales de l’Etat, les entreprises publiques et les agences nationales telles que l’ANGED responsable en Tunisie de la gestion des décharges contrôlées des déchets ménagers sur la quasi-totalité du territoire tunisien ou encore le Ministère de l’Eau et de l’Irrigation qui continue de s’occuper directement de la distribution d’eau en Jordanie.

Cette position de « minorité » des collectivités territoriales est renforcée par l’insuffisance chronique des moyens humains, techniques et financiers qui leur sont alloués pour remplir à bien leurs missions. Les autorités locales et régionales méditerranéennes souffrent ainsi d’une insuffisance profonde de leur capacité de gestion qui met en doute leur habilité à devenir des acteurs moteurs du développement de leur territoire. Parmi les principales carences internes dont souffrent les collectivités locales et régionales du Sud et de l’Est de la Méditerranée, on peut citer la formation insuffisante du personnel et notamment de l’encadrement ou le cadre rigide de gestion du personnel local. Le sous-équipement permanent des collectivités est un facteur d’approfondissement du manque d’autonomie des collectivités. Le manque de moyens techniques maintient les autorités locales et régionales dans une totale dépendance vis-à-vis des appuis techniques et financiers des services de l’Etat.

Pour en savoir plus :

Le rapport 2008 du Forum des autorités locales et régionales méditerranéennes