Un espace de conflits et de risques

Un espace de conflits et de risques

La conflictualité de la Méditerranée pèse sur son développement futur. La Méditerranée est caractérisée par, d’une part, des conflits « traditionnels » de nature territoriale et, d’autre part, des nouvelles menaces de « basse intensité ». La permanence de différents conflits territoriaux traditionnels constitue le premier facteur d’instabilité de l’espace méditerranéen hypothéquant la perspective d’une stabilité politique durable au Proche-Orient et, partant, de l’émergence d’une zone de prospérité et de paix euro-méditerranéenne : conflit israélo-palestinien, conflit du Sahara Occidental et conflit chypriote.

Aujourd’hui, le conflit israélo-palestinien constitue un motif très profond de division de la Méditerranée et un obstacle majeur au développement d’initiatives à l’échelle de cet espace. Les accords d’Oslo avaient joué un rôle déclencheur indéniable au moment de la signature des accords de Barcelone en 1995. Le démarrage de la deuxième Intifada à partir de septembre 2000 a ouvert une nouvelle phase d’instabilité et d’affrontements dont l’intervention de Tsahal à Gaza à l’été 2008 représente le dernier épisode en date. Le conflit israélo-palestinien oppose tout d’abord les pays européens de la rive Nord de la Méditerranée et une bonne partie des pays du Maghreb et du Proche-Orient pour lesquels l’existence de l’Etat d’Israël est un outil de la domination occidentale dans la région. Par ailleurs, le conflit divise très profondément les pays du Sud eux-mêmes, certains ayant fait le choix de la reconnaissance et de la négociation (Jordanie, Egypte) voire de l’alliance et de la coopération (Turquie) tandis que d’autres demeurent sur une position de non-reconnaissance (Libye, Algérie, Syrie). Enfin le conflit a parfois des répercussions à l’intérieur des pays eux-mêmes.

Autre conflit segmentant l’espace euro-méditerranéen, celui qui, depuis 1974, coupe en deux l’île de Chypre. Au Sud, la République de Chypre qui abrite la communauté chypriote grecque est la seule autorité reconnue par la communauté internationale. Au Nord, une République turque de Chypre-Nord (RTCN) autoproclamée en 1983 n’est reconnue que par la Turquie. Elle occupe la zone envahie en 1974 par les troupes turques en riposte au coup d’Etat d’ultranationalistes chypriotes grecs qui souhaitaient le rattachement de l’île à la Grèce. Entre les deux, une ligne de démarcation (ligne verte) de 180 kilomètres de long sur laquelle stationne une force de paix des Nations unies (UNFICYP) de 1 200 hommes. Le conflit chypriote constitue aujourd’hui un facteur notable de blocage dans la perspective des négociations d’adhésion ouvertes en 1999 entre la Turquie et l’Union Européenne.

Le conflit du Sahara Occidental contribue également à la fragmentation politique de l’espace méditerranéen dans la mesure où il constitue aujourd’hui un élément fort de blocage du processus de construction de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) qui vise à rassembler le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Le Sahara occidental est un vaste territoire désertique de 266 000 kilomètres bordé au nord par l’Algérie et le Maroc, la Mauritanie au sud et à l’Est tandis que sa côte ouest donne sur l’océan Atlantique.  Cette ancienne colonie espagnole n’a toujours pas trouvé de statut définitif sur le plan juridique, plus de trente années après le départ des Espagnols en 1975. Le territoire est revendiqué à la fois par le Front Polisario, mouvement dont l’objectif est l’indépendance totale du Sahara occidental et qui proclama en 1976 la République arabe sahraouie démocratique, et le Maroc qui en administre la quasi-totalité. Le Maroc accuse l’Algérie de servir de sanctuaire au Front Polisario ainsi que de lui fournir un soutien politique, économique et militaire. L’ONU tente d’organiser un référendum sous l’égide de la « mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental » (MINURSO) depuis 1988. Le Sahara occidental est ainsi en proie à un conflit reflétant à la fois la lutte de Sahraouis pour leur indépendance et la rivalité du Maroc et de l’Algérie dans cette région.

Pour aller plus loin :

Sous la direction d’Yves Lacostes, Géopolitiques de la Méditerranée, Armand Colin, 2007

Georges Corm, Le Proche-Orient éclaté 1956-2007, Folio, Paris, 2007

Frisk, Bernard, La grande guerre pour la civilisation, La Découverte, 2007