Un carrefour commercial et énergétique

La Méditerranée est exposée de façon grandissante aux flux de la mondialisation. La Méditerranée est aujourd’hui un carrefour au sens littéral du terme dans la mesure où elle constitue une des principales zones de trafic du commerce mondial avec près de 30% des transports de marchandises qui la traversent. Cette situation est tout d’abord favorisée par la position géographiquement centrale de l’espace dans les flux commerciaux mondiaux. La Méditerranée est « naturellement » inscrite dans les flux commerciaux internationaux. Ce positionnement privilégié remonte aux temps de la route de la soie puis, plus près de nous, à la mise en service du canal de Suez en 1869. Elle semble actuellement en voie d’intensification comme en témoigne l’augmentation à un rythme très rapide (de l’ordre de 10% par an) des flux d’échange animant l’espace méditerranéen. Auparavant, la croissance et les flux mondiaux étaient captés par d’autres zones. Aujourd’hui, la croissance des échanges entre l’Europe et, d’une part, l’Asie et, d’autre part, l’Amérique et particulièrement l’Amérique latine ont accru la part des flux mondiaux traversant la Méditerranée. Dès à présent, les flux commerciaux entre l’Europe et la Chine sont du même ordre de grandeur que ceux mesurés entre la Chine et les Etats-Unis. Or, une bonne partie de ces flux traverse la Méditerranée.

La question énergétique constitue ainsi une des dimensions majeures de la recomposition du visage géopolitique de la Méditerranée. En effet, certaines régions du bassin méditerranéen constituent des exportateurs nets de ressources énergétiques : Algérie, Libye et Egypte (gaz naturel). Le Sud et l’Est de la région se caractérisent par leur proximité de grandes réserves d’hydrocarbures : Gabon, Nigeria, Tchad, Irak, Iran.  La présence de la Chine au Maghreb s’inscrit ainsi dans le cadre d’une stratégie plus globale d’implantation en Afrique, continent riche de ressources énergétiques, minières et naturelles (bois) qui sont nécessaires au développement du nouveau géant de l’économie mondiale. Par ailleurs, la mer Méditerranée constitue également un espace de transit essentiel pour les ressources énergétiques approvisionnant l’Europe et ses 450 millions de consommateurs. Ces ressources viennent du d’Afrique du Nord (principalement d’Alger et de Libye), du Caucase (acheminées par le gazoduc Bakou-Tbilissi-Ceylan), d’Afrique, du Proche-Orient… Certains analystes américains soulignent l’émergence d’un « triangle vital » dont les trois sommets sont constitués par la Chine, les Etats-Unis et le Moyen-Orient. Dépendante à 50% du Moyen-Orient pour ses importations de pétrole, la Chine cherche donc à diversifier ses approvisionnements en hydrocarbures et autres ressources stratégiques, notamment minières. La présence chinoise en Méditerranée a d’ores et déjà largement excédé la simple dimension commerciale et diplomatique classique pour prendre une dimension politique et stratégique, en témoigne ainsi la participation de troupes chinoises aux forces des Nations Unies de maintien de la paix au Liban (Minul). Comme la Chine et les Etats-Unis, l’économie indienne, en croissance constante, est dépendante des hydrocarbures du Moyen-Orient pour son approvisionnement énergétique. Dans la région, l’Inde représenterait même, à terme, un partenaire plus naturel pour les Etats-Unis que la Chine pour les questions de sécurité au Proche-Orient. L’Inde a déjà développé des relations étroites avec les Etats du Conseil de Coopération du Golfe persique (CCG).

Pour aller plus loin :

Malti, Hocine, Histoire secrète du pétrole algérien, La Découverte, 2010

Jean-Marie Chevalier, “Enjeux énergétiques en Méditerranée”, Cahier de recherche 02/2001, Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières premières de l’Université Paris IX Dauphine, p 1 – 8, octobre 2001.

Général Henri Paris, “La guerre du pétrole”, Démocraties, p 45 – 57.

The vital triangle : China, the United States, and the Middle East Centre for Strategic and International Studies Washington DC, septembre  2006

Thierry Coville, “Des économies du Moyen-Orient marquées par la malédiction de la rente pétrolière”, CNRS, p 59 – 65.