Dépasser les blocages par l’action

L’échec du Sommet de Copenhague et l’incapacité des Etats à se mettre d’accord face à l’enjeu climatique montre les limites du système intergouvernemental dans ce domaine. Dans ce contexte, Michèle Sabban, vice-présidente de la région Ile-de-France, n’a pas hésité à souligner dans la presse le rôle clé que doivent jouer les autorités locales et régionales dans ce domaine.

« L’urgence climatique appelait un changement d’ampleur, un changement de paradigme. Voilà qui est fait en partie. À l’Assemblée des régions d’Europe (ARE), le plus grand réseau de régions de la grande Europe, ce sont par exemple plus de 78 % de nos 270 membres qui ont, à ce jour, mis en place leur propre politique climatique, qui mènent d’eux-mêmes leurs territoires vers une économie décarbonnée. Autrement dit : la révolution qui était attendue à Copenhague est heureusement déjà en cours, mais pas là où on l’attendait. Elle ne l’est pas dans les déclarations du G20, mais dans les villes et les territoires. « La mobilisation des régions et des villes sur ces thématiques ne se limite pas à l’Europe. Les autorités locales et régionales du Sud et de l’Est de la Méditerranée se sont saisies des problématiques environnementales depuis plusieurs années et se sont également fixés des objectifs ambitieux à leur échelle. Signes que ces nouvelles préoccupations sont bien prises en compte par les territoires, plusieurs expériences ont déjà été menées sur ce thème à l’échelle locale pour intégrer notamment les principes du développement durable dans les politiques publiques. C’est le cas d’Agadir, Mekhnès et Marrakech au Maroc qui, avec l’appui du PNUD, se sont dotés d’un Agenda 21 local. Ou encore du Grand Sfax en Tunisie qui a décidé de parachever sa stratégie de développement durable par un Agenda 21. D’autres exemples existent notamment en Syrie, dans les villes d’Alep et Homs. Approuvés au début des années 2000, ces Agendas 21 ont constitué des bases de travail pour faciliter la rédaction et l’approbation de Plans d’Actions à l’horizon 2015 pour Alep et 2020 pour Homs .
Aujourd’hui, pour prendre en compte la nouvelle donne climatique, les autorités locales et régionales travaillent sur des Plans Climats Territoriaux.

Ces avancées montrent qu’il existe une vraie capacité des acteurs locaux à s’emparer de ces thématiques. Ces dernières se caractérisent par leur transversalité, par le fait qu’elles soient fortement conditionnées par une réalité locale et par les interdépendances existantes avec les défis territoriaux et urbains.

Mais pour pouvoir renforcer leur rôle dans ce domaine, les autorités locales et régionales doivent développer de nouveaux modes d’actions et projets de coopération. À titre d’exemple, 30% du budget alloué au premier appel à projets sur la coopération transfrontalière en Méditerranée de la politique de voisinage européenne se concentrent sur l’axe 2 intitulé « Promotion de la durabilité environnementale dans le bassin méditerranéen ».

Par ailleurs, bien que les objectifs de lutte contre le changement climatique puissent entrer en contradiction avec des intérêts économiques clés dans certains pays de la zone (la production de pétrole notamment), il n’en reste pas moins que l’augmentation des coûts de l’énergie et les mutations en cours visant à réduire les consommations d’énergies fossiles appellent de toute façon à repenser le mode de développement qui a prévalu jusqu’alors. Les ressources des territoires étant moins dépendantes de cette manne que celles de certains Etats de la zone, ils ont certainement un rôle à jouer pour encourager et faciliter l’adaptation des structures économiques à travers les leviers (compétences et moyens) dont ils disposent.

Les mutations environnementales mises en avant ci-dessus se caractérisent donc par une attention renouvelée portée aux villes et aux territoires. Cela ne signifie pas  pour autant qu’ils soient devenus prééminents mais bien que l’imbrication et l’articulation entre différents niveaux de décision soient devenues des composantes clés pour espérer assurer des avancées dans la mise en œuvre de toute politique publique et encore plus dans le domaine environnemental. Dans ce cadre, les enjeux climatiques et environnementaux viennent souligner l’intérêt d’une convergence vers une nécessaire territorialisation des politiques publiques de par le monde et notamment en Méditerranée.

Extrait du rapport « Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée 2010″, Institut de la Méditerranée, 2010.