Coopérations en Méditerranée

La multiplicité des initiatives de coopération aujourd’hui sur le Bassin méditerranéen semble démontrer à la fois l’existence d’un dynamisme, d’une volonté réelle et de demandes de coopérations fortes pour répondre à des enjeux communs, mais complexifie également le processus et illustre la difficulté de mettre en place des outils de coopération efficaces et acceptés par tous. Cette coopération est mise en place soit par les États, au niveau intergouvernemental ou de la Commission européenne, soit à l’échelle des villes et territoires.

Suite à l’échec relatif du Processus de Barcelone né en 1995, le partenariat euro-méditerranéen a été relancé en 2008 par la création de l’Union pour la Méditerranée (UpM). Basée sur une logique de projets, notamment l’emblématique Plan Solaire Méditerranéen, l’UpM envisage entre autres de lancer des initiatives dans le domaine de la dépollution de la Méditerranée, de la protection civile ou de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cependant, les deux reports du sommet de l’UpM, qui devait se tenir en juin puis en novembre 2010 à Barcelone, illustre d’une part les obstacles inhérents à un partenariat paralysé par le conflit de deux de ses membres, d’autre part l’absence de projet fédérateur et mobilisateur pour les acteurs politiques comme pour les populations.

L’autre pan de la coopération multilatérale en Méditerranée est la politique de voisinage (PEV), née en 2007, et dont, outre l’Est de la l’Europe, l’espace géographique principal est la  Méditerranée. L’outil financier de la PEV est l’Instrument européen de voisinage et de partenariat (IEVP), dont le programme phare pour la Méditerranée est le Programme de coopération transfrontalière Bassin Maritime Méditerranéen. S’y ajoutent d’autres instruments, notamment sous forme d’assistance technique, (jumelages, participation des pays voisins de l’UE à des programmes communautaires ou aux travaux d’agences européennes, support assuré par des experts à travers le TAIEX), la facilité de financement consacrée à la gouvernance, la facilité d’investissement dans le cadre de la politique de voisinage, ou encore le programme CIUDAD (ce dernier faisant partie de l’iEVP) .

La naissance de la PEV en 2007 et le lancement de l’UpM en 2008 ont donc fait évoluer profondément le partenariat euro méditerranéen qui aujourd’hui est en quelque sorte « écartelé » entre, d’un côté, une initiative – la PEV – lancée par la Commission Européenne qui concerne tous les pays frontaliers de l’UE, méditerranéens ou non, et d’un autre côté, une stratégie de nature intergouvernementale dont l’ambition est de refonder le processus de Barcelone – l’UpM. A noter que les États ne sont pas seuls présents sur la scène de la coopération multilatérale sur le Bassin méditerranéen, les autorités locales et régionales ayant manifesté leur désir d’être intégrées dans les stratégies de coopération en Méditerranée.

Les autorités locales sont cependant surtout présentes à travers la coopération décentralisée bilatérale, qui reste aujourd’hui, dans la lignée des jumelages, une composante essentielle des échanges entre échelons locaux. L’implication des villes et des territoires sur des projets se structure par des interventions dans différents domaines : appui institutionnel, gestion de l’eau, environnement, transports, santé et éducation, tourisme et patrimoine, développement économique, etc. Cette forme de coopération facilite les échanges d’expériences entre acteurs locaux des différentes rives de la Méditerranée. Comparée aux initiatives étatiques, elle présente l’avantage de susciter, par le biais des collectivités locales, l’adhésion des populations.

La coopération bilatérale présente néanmoins des limites, aujourd’hui bien connues, telles que le saupoudrage des fonds, le manque de stratégie de l’ensemble des acteurs et la difficulté à assurer un suivi et une évaluation des projets sur le long terme. Pour faire face à ces difficultés, les autorités locales et régionales ont cherché à structurer la coopération bilatérale, en mutualisant leurs efforts à travers des structures comme le FAMSI (Fonds Andalou de Municipalités pour la Solidarité Internationale) en Espagne.  Dans ce domaine, d’autres initiatives intéressantes ont vu le jour. Elles visent directement à renforcer les capacités locales à travers des projets d’appui à l’institutionnalisation développés des organismes regroupant des collectivités, sur le modèle des projets lancés par les bailleurs de fonds en Syrie  ou dans les Territoires Palestiniens. Par ailleurs, il est intéressant de relever, dans un contexte « d’hyper-décentralisation » sur la rive méditerranéenne occidentale, la contribution croissante des autorités locales et régionales à l’Aide Publique au Développement.

Face à la multiplication des formes de coopération, se sont mis en place des réseaux chargés de capitaliser le retour d’expérience de ces coopérations avec les expériences similaires menées par d’autres intervenants, tant au niveau national que territorial. C’est à cette fin qu’est en train d’être créée, à l’initiative de la DATAR, une Agence méditerranéenne pour des Villes et Territoires durables, dont l’Institut de la Méditerranée est partenaire, et qui s’inscrit dans le cadre du projet d’Union pour la Méditerranée.

Pour aller plus loin :

-       Le rapport 2010 du Forum des autorités locales et régionales méditerranéennes

-       Le thème « Politiques méditerranéennes » dans la rubrique « Enjeux méditerranéens »

-       Le thème « Gouvernance méditerranéenne » dans la rubrique « Enjeux méditerranéens »